Portrait - Séda

Séda

Né à Baga en Octobre 1944, Séda Bawiena n’est allé à l’école qu’en 1958, ayant passé toute son enfance immergé dans le milieu traditionnel et paysan de sa famille. Sa scolarisation ne l’exemptera pas cependant de ses responsabilités traditionnelles au sein de la famille en tant que garçon. Ainsi il jongle entre école et travaux agricoles. Alors qu’il est en CM1, des cours de catéchisme optionnels sont mis en place à l’école et Séda se voit attiré par cette foi catholique nouvelle. Il rejoint un presbytère à Alejo près de Baga pour faire sa 6ème après s’être converti au Christianisme, tout en restant lié à la tradition animiste de sa famille. Initialement il ne trouvait pas d’antagonisme entre ses valeurs spirituelles traditionnelles et celles du catholicisme, mais quand son désir de devenir prêtre-cultivateur est rejeté par son évêque comme inadéquat, il commence à remettre en cause sa foi: « j’ai dit à Monseigneur que moi je préférais cultiver, me marier et cultiver ». Plus tard, il tournera de plus en plus le dos à l’Eglise: « la religion catholique a cessé d’être ce en quoi je croyais : la vérité, la transparence, le fait réel. La religion est devenue tout simplement un rite ».

Il poursuit ses études secondaires au sud, dans la capitale. Après son bac, il part à Accra pour une année, au Ghana voisin, où il rejoint Tiyéda, sa future épouse issue de la diaspora nawda, qu’il a rencontrée quelques années auparavant. Un nombre important de jeunes Togolais partaient à Accra à ce moment-là,  en quête de meilleures opportunités économiques. Séda n’avait qu’une idée en tête : partager sa passion pour le village et rappeler aux gens de la diaspora qu’il y a  des opportunités à saisir et des  défis à relever au village. « Je suis parti pour leur dire que leur pays, le Togo, et leur village avaient un sens, et qu’il fallait qu’ils reviennent. ».

Il finit par rentrer au Togo avec sa femme et tous deux entreprennent de continuer leurs études en France suite à l’obtention d’une bourse. Séda étudie le commerce et rêve – momentanément – de devenir diplomate mais «  l’agriculture me poursuivait, en France j’étais malheureux et je cherchais à retrouver ma vie paysanne ».

Hanté par son amour pour l’agriculture et le village, il renonce, après avoir travaillé quelques mois dans un bureau à Lomé, « aux postes bien rémunérés » et rentre à Baga : « Toutes les propositions de postes qu’on me faisait ne me disaient rien. Pour moi, la seule chose qui comptait était de revenir cultiver et de rester au village ».

À son arrivée à Baga, grâce à la générosité d’un groupe d’amis de France, il anime la construction de l’unique dispensaire médical du village et de ses environs. Ce sera le début du CIDAP. Il commence avec le soutien de son père qui l’aide dans son travail et l’épaule durant plusieurs années d’isolement en brousse où ils construisent ensemble les premières fondations du Cidap. L’arrivée de Séda au village heurte nombre de gens au début, surtout parce qu’il n’a ni champs vastes ni financements internationaux. « Les gens ne comprenaient rien. Comment un pauvre qui revient des études faites en France, qui n’a rien et qui n’est pas un blanc, veut faire quelque chose alors qu’il serait plus utile en ville où il pourrait gagner de l’argent pour nourrir sa famille ?” Armé de bonne volonté, d’idées et du soutien modeste de sa femme Tiyéda qui travaillait alors encore à Lomé,  il lance l’action du CIDAP, soutenue principalement par les veuves du village qui, le voyant travailler d’arrache-pied pour la survie de leur communauté, prenaient pitié de lui. « Ce sont elles qui ont été le fer de lance humain du projet. C’est comme ça que tout a commencé, c’est comme ça que l’action de la femme est née ».

Récemment, après 25 années à la tête du Cidap, Séda a décidé de s’en retirer pour laisser la place à “la relève”: les jeunes animateurs qui travaillent à ses côtés depuis plus de 15 ans chargés de former les populations du milieu.

A voir impérativement par tous ceux qui sont intéressés par le développement international, particulièrement en Afrique

- Becky Hawketts, Cambridge Film Festival Daily